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Articulation qui craque : pourquoi?

2 février 2017 | 0 commentaire | Solustéo
articulation_craquement
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Une articulation qui craque ou les bruits anormaux de cette dernière nous amènent tous à nous poser des questions. Est-ce normal? Est-ce dangereux? Pourquoi ai-je une articulation qui craque? Parmi ces différents bruits, certains sont normaux et d’autres non (ils peuvent même être pathologiques).

Cependant, beaucoup d’entre vous, nos très chers(-es) patients(-tes), nous posez encore souvent la question : « Pourquoi j’ai le dos ou mon articulation qui craque? »

Vous en conviendrez, tout bon magicien ou prestidigitateur qui se respecte ne va pas révéler ses secrets ! Alors pourquoi le ferions-nous ?
Allez…rien que pour vous je vais vous dévoiler le secret, mais s’il vous plaît, que cela reste entre nous !!!!

Bon il est temps de faire la lumière sur ce phénomène !

L’ articulation

Tout d’abord je souhaite ici et maintenant mettre fin à un abus de langage que nous entendons tous les jours en cabinet : « Mais alors je me suis déplacé une vertèbre? » – Euh… non pas vraiment, si tel était le cas je pense qu’il ne resterait plus qu’à choisir le revêtement du siège et la taille des jantes !
Tout ça pour dire qu’une vertèbre ne se déplace pas. Par contre nous pouvons parler de restrictions de mobilités. Voilà la réelle explication de vos douleurs et/ou blocage !

Mais alors le crack c’est quoi?

Doucement !!!!! Je vais vous révéler le secret mais laissez moi au moins le plaisir de choisir où et quand !

Nous avons donc parlé de restriction de mobilité ! Certes, mais encore..
Et bien il existe 2 principales origines à cette ou ces restrictions de mobilités.

  1. Musculaire, par une contraction chronique de muscles très puissants responsables de l’équilibre postural.
  2. Articulaire, par un effet lié à la physique, pour faire simple: « l’effet ventouse’.

C’est le deuxième cas que je vais développer ici.

Tout d’abord commençons par quelques bases anatomiques :

Qu’est ce qu’une articulation?

Qu’il s’agisse d’un coude, d’un genou, de la mandibule, d’une épaule ou encore d’une articulation entre deux vertèbres, toutes les articulations sont configurées à l’identique. Ou presque… En effet, dans le cas du genou par exemple, des structures fibro-cartilagineuses plus connues sous le nom de « ménisques » viennent, en plus, améliorer et augmenter les surfaces de contact, on parle aussi de congruence.

 

Composition d’une articulation

Alors, une articulation comporte:

  1. Deux surfaces de contact, dites articulaires, recouvertes de cartilage. Un dérivé de la structure osseuse beaucoup plus lisse mais aussi plus souple. C’est la dégénérescence de ce cartilage qui est à l’origine des pathologies arthrosiques. Le cartilage perd sa capacité de « surface lisse » pour devenir irrégulier et ainsi altérer sa fonction articulaire.
  2. Une capsule articulaire qui va entourer dans son intégralité l’ensemble de ces surfaces articulaires. Cette capsule délimite une cavité articulaire totalement hermétique et dont l’espace est rempli par le liquide synovial.
  3. Le liquide synovial, justement. Il ne s’agit ni plus ni moins d’un liquide à haute capacité lubrifiante facilitant le glissement des surfaces articulaires et préservant leur intégrité.
  4. Des ligaments, viennent ensuite renforcer la stabilité de cette articulation en créant des guides définissant les degrés de liberté de cette articulation dans l’espace. Prenons une nouvelle fois le cas du genou, les ligaments vont permettre des grands mouvements notamment de flexion/extension mais limitent les mouvements de latéralités (adduction/abduction) ou de rotations. Mouvements qui, dans des amplitudes extrêmes, pourraient être la cause d’entorses.

Bon d’accord je pense que je vous ai perdu là! Ok revenons en au « crack ».

Le fameux « crack »

Que se passe t-il donc lorsque votre ostéopathe vous prend dans ces bras et que votre corps exprime ce bruit totalement anodin. Cependant il reste pour beaucoup, très inquiétant! Non ! Ce ne sont pas les os qui craquent ! Et heureusement…Mais oui ! C’est bel et bien l’ articulation qui craque et fait ce bruit.

Vous avez dorénavant que nous avons 2 surfaces de contact que nous définirons comme homogènes, un liquide lubrifiant et une capsule totalement hermétique et étanche, solidarisant le tout.

Si nous appliquons une pression constante sur un coté de cette articulation, les hémi-surfaces articulaires entrent en contact et chassent alors la synovie à l’opposé; telle une savonnette entre vos mains… Nous retrouvons donc au sein même de cette articulation, une zone de contact en hypo-pression, comme la création d’un vide, et une zone où s’est réfugiée la totalité du liquide synovial en hyper-pression. C’est le principe de la ventouse. La partie entre la ventouse et le mur (ou toute autre surface) est en hypo-pression, vous avez chassé l’air.

Lorsque votre ostéopathe va normaliser cette articulation, il rééquilibre ces différences de pressions. Lorsqu’il va mobiliser votre articulation, les 2 surfaces en contact vont être brusquement séparées, il n’y a plus de fluide synovial pour remplir l’espace et c’est alors que se produit ce « crack ». C’est le même phénomène bruyant que vous entendez lorsque vous arrachez la ventouse du mur !


Comme le disaient Tortora et Grabowski :

« Quand nous tirons sur une articulation synoviale, la pression du liquide diminue, car ce dernier occupe soudainement un plus gros volume. Ce liquide s’évapore et une bulle gazeuse apparaît lorsqu’une certaine pression est atteinte.

A ce moment, les surfaces articulaires opposées se séparent brusquement jusqu’à la limite imposée par la capsule articulaire. Lorsque les deux surfaces articulaires sont séparées, la pression dans l’articulation excède celle de la bulle gazeuse qui est alors aplatie et produit un bruit de craquement.

L’écrasement de la bulle (la mise à plat) forme de nombreuses bulles plus petites qui reviennent graduellement en solution. L’articulation ne pourra produire aucun autre craquement avant que les bulles ne disparaissent et que le gaz soit complètement dissous, soit une durée d’environ 20 à 30 minutes. »

— « Principes d’Anatomie et de Physiologie », Tortora/Grabowski, Deuxième Edition Française, DeBoeck Université 1994

Etude du craquement par IRM

Par ailleurs, des chercheurs canadiens de l’université de l’Alberta ont décidé d’utiliser l’IRM pour filmer en direct la cause de l’ articulation qui craque. Le craquement serait provoqué par l’apparition rapide d’une cavité se remplissant de gaz au sein du fluide qui sert à lubrifier les articulations : le liquide synovial.

« C’est comme la création d’un vide. Quand les os se séparent soudainement, il n’y a plus de fluide synovial pour remplir l’espace. Donc une cavité apparaît et c’est cela qui est associé au son, » a expliqué Greg Kawchuk.

Chaque craquement est extrêmement rapide, se produisant en 310 ms. Voici en image, la vidéo de l’ IRM :

 

Bon, et bien voilà je viens de démystifier l’ensemble d’une profession… J’espère que le « crack » que j’ai entendu n’est pas celui de votre front qui vient de se fracasser sur votre clavier, de fatigue et d’ennui 😉 !

Pour finir, sachez que le « crack » n’est pas une fin en soi. Il ne s’agit que d’une conséquence !
Il n’est pas nécessaire de « faire craquer » une articulation pour la rééquilibrer. Et ce n’est pas non plus parcequ’une articulation craque que cela signifie qu’elle était en dysfonction. Bon et puis je ne vais pas tout vous raconter non plus ! Je garde encore une part de mystère !!!!!!!

Cependant, vous pouvez maintenant dire et prouver à vos parents qu’une articulation qui craque n’est pas synonyme de survenue d’arthrose ;).

Alors à bientôt peut-être !

 

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